SPEECH AND WHAT ARCHIVE PAPER ROOM, 2009-2012

La paper room définit un espace de parole, un lieu depuis lequel on peut parler (chanter, danser, ou rester silencieux). Elle ne crée pas de position hiérarchique, on peut y être à plusieurs, ce n’est pas une estrade ou un podium ; on peut y faire, dire, ou laisser quelque chose – ou rien. Elle est construite avec des images et des textes issus de réflexions communes ou individuelles, de discussions, de projets à différents endroits, venant de personnes qui ne se connaissent pas toujours entre elles ; et chaque élément participe à la construction de cet espace commun du ce-que-l’on-peut-dire, et de ce que l’on veut se dire les uns aux autres. Dans la paper room, nous pouvons avoir une voix commune faite de fragments d’autres voix. Ainsi, à la fois elle garde et montre ce qui a déjà été dit, et elle rend possible le discours présent. Elle est pliable, transportable et réutilisable. En français, on pourrait traduire paper room par la pièce en papier, l’espace en papier, la chambre de papier. C’est un dispositif, qui invite à être dedans ou dehors, face ou à coté, contre ou avec ; on ne peut pas l’ignorer, elle nous oblige à nous disposer par rapport à elle. Y entrer ou ne pas y entrer / parler ou ne rien dire, c’est commettre un acte volontaire. Il n’y a pas d’attente d’un discours spécifique qui y serait produit, ou ne peut pas y dire quelque chose d’intelligent ou de stupide, de réussi ou de raté. Tout ce qui est dit ou fait dans la paper room est accepté comme partie intégrante du discours commun qu’elle supporte.

La paper room est pour moi un repère. Comme les autres participants de Speech and What Archive?, je la retrouve de temps en temps, la vois dans des vidéos ou des photographies. J’aime penser à toutes les personnes qui, comme moi, y ont pris la parole, pour lire, parler, chanter, réciter, danser ou rester silencieux, à Melbourne, Nice, Paris ou Londres. Elle voyage, s’enrichit, se transforme au fil des utilisations. Je découvre à chaque rencontre de nouvelles traces d’interventions. On l’a, par exemple, percée de trous à Belleville pour éviter que le vent l’emporte pendant la performance ; on y attache des affiches, bâches, papiers, notes, selon les besoins. Finalement elle vit une expérience de SWA parallèle à la mienne.

Une structure de papier, précaire, on se demande à quoi elle sert. Elle définit un espace et devient lieu. Lieu de présentation et de représentation. Constituée à partir des recherches du groupe Speech & What Archive, cette zone de papier garde la trace d’une mémoire qui n’attend qu’à être complétée. Le discours y a pris, sur ses parois, la forme d’archives. Celles d’un groupe qui interroge les formes même du discours… du que dire et du que garder. Trace donc, mais de la trace nait un nouvel espace. Celui de l’expérience des recherches en cour auquel s’ajoute la fonction de praticable. La paper room fonctionne alors à la manière d’une scène. C’est un nouveau théâtre où le groupe, l’individu, le dire, le faire, la rigueur et l’absurde sont invités à se côtoyer pour produire de nouvelles formes et donner du sens. C’est un espace vivant où la mémoire se crée au rythme des interventions qui s’y déroulent. Un espace de documentation du réel où l’être ensemble, le groupe, le quoi dire et le que faire sont devenu sujet.